Le soleil commençait à décliner dans le ciel lorsque Cœur de Nuit revint de son entraînement avec son apprentie, Nuage de Mer. La journée avait été chaude et la soirée l’était tout autant. Après avoir organisé les dernières patrouilles, le lieutenant prit une pièce de gibier et la dévora avidement. Puis, il entreprit une soigneuse toilette qui remit à neuf sa fourrure en bataille. Un instant, il ferma les yeux : comme c’était agréable de se laisser baigner par la douce chaleur du soleil couchant ! Le matou noir ouvrit les paupières et se leva souplement. Il avait envie de se promener, seul, d’observer les recoins des territoires inoccupés… S’étant assuré que sa présence à cette heure n’était pas indispensable, il félicita d’un coup de langue son apprentie et sortit du camp. Il trotta jusque la frontière du clan de la Foudre et enjambant la ligne invisible, pénétra sur le territoire neutre. Le sol gris jonché de pierres et de cailloux était parsemé ça et là par de jeunes touffes d’herbe verte. De gros pissenlits jaunes s’éparpillaient eux-aussi tandis qu’un papillon blanc achevait de rendre vivant ce décor. En levant la tête Cœur de Nuit aperçut un puits de pierre surmonté de trois barres de fer rouillées et concourante. Ce vieux monument érigé depuis des lunes par les bipèdes était depuis longtemps inutilisé et le lierre couvrait à présent tout le bas du puits. Autrefois, des bipèdes y venaient avec une espèce de grosse branche creuse et y prenait de l’eau à ce que le jeune chat avait entendu dire. Maintenant, il y avait toujours une branche creuse posée sur le rebord mais le bois était pourri et des milliers d’insectes y avait trouvé refuge.
Lorsque Cœur de Nuit s’approcha du monticule de pierre, un lézard s’enfuie par une brèche tandis qu’un papillon s’envola vers d’autres lieux. Le matou sauta souplement sur le rebord du puits en prenant garde de ne pas marcher sur des pierres branlantes. Cependant, il n’y avait aucun danger et il s’allongea sur la pierre chaude. Un ronronnement de bien-être monta de sa gorge et il savoura un instant cette délicieuse chaleur mêlé de la douce fraicheur du soir qui commençait à envelopper les lieux.
Subitement, un bruissement de feuilles lui fit dresser les oreilles et la légère brise lui apporta une odeur qu’il ne connaissait que trop : celle du clan du sang. Aussitôt il sauta à terre et se cacha dans un buisson à proximité. Non qu’il avait peur ou craignait son ennemi mais il préférait d’abord savoir à qui il avait affaire. Il ne souhaitait d’ailleurs pas retrouver un de ses anciens camarades, sa vie avait changé et il ne voulait plus parler du passé, hormis avec sa famille.
Soudain, un parfum vint lui chatouiller les narines, qu’il connaissait mieux que tous, une douce odeur qui l’avait tant soutenu. Rassuré et heureux, il sortit de sa cachette et miaula :
-Murmure de la Lune ?
Près du puits s’avança alors une jeune chatte blanche et grise, aux poils soyeux et aux yeux métalliques. Cœur de Nuit la fixa : elle n’avait pas changée. Au tant où il vivait dans le clan du sang, cette féline belle et farouche l’avait toujours attiré. Il savait qu’il l’aimait et lorsqu’il avait quitté le clan, son cœur n’avait regretté qu’elle, n’avait voulu rester un moment que pour elle. A elle seule il s’était confié pour lui avouer son départ. Mais maintenant il ne savait ce qu’elle pensait de lui, si elle l’aimerait toujours, ou si au contraire elle le rejetterai. Lui en voulait-elle pour son départ ? Savait-elle qu’il appartenait désormais au clan de la Foudre ? Toutes ces questions sans réponses restèrent au fond de sa gorge tandis qu’il attendait la réaction de Murmure de la Lune.